La période de libéralisation et de démocratisation du système socio-politique tchécoslovaque dite Printemps de Prague a été préparée dès le début des années 1960. À partir de 1961, le pays subit en effet une crise sans précédent : le système d'économie extensive, calqué sur celui de l'U.R.S.S., ne convient plus à ce pays industrialisé ; de 1961 à 1965, le taux de croissance stagne puis baisse, de même que les salaires. En janvier 1965, une importante réforme économique réhabilite les notions de rentabilité et de déconcentration, mais ses effets sont limités par l'action des bureaucrates qui refusent de laisser un pouvoir quelconque aux techniciens ; ceux-ci, Ota Šik en tête, rallient alors les oppositions politiques. Ces oppositions sont diverses et soudées entre elles par le refus du stalinisme des années cinquante. Il aura en effet fallu attendre 1962-1963 pour qu'une déstalinisation timide prenne corps en Tchécoslovaquie. La réforme économique et la liberté d'expression deviennent alors indissociables.
Le Printemps de Prague commence en 1967 par une révolte des intellectuels. Les écrivains, réunis en congrès en mai-juin, réclament la liberté d'expression. Le pouvoir monopolisé depuis 1956 par Antonin Novotny, à la fois premier secrétaire du Parti communiste et président de la République, réagit de manière brutale. En octobre, les étudiants sont durement réprimés par la police alors qu'ils manifestaient pour des revendications matérielles ; Novotny traite de « nationaliste bourgeois slovaque » le secrétaire du Parti communiste slovaque, Alexander Dubček, qui réclamait un plus grand contrôle des Slovaques sur leurs richesses. Ce plenum du comité central reprendra en décembre-janvier, les oppositionnels sachant attendre et s'organiser. Novotny, lui, accumule erreur sur erreur (tentative de coup de force déjouée par les officiers libéraux, visite intempestive d'un Brejnev rassuré par Dubček). Le 5 janvier 1968, le présidium élit Dubček en remplacement de Novotny au pr […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



