4. Une philosophie de la démocratie
Ni la théorie des catégories et des signes de Peirce, ni l'empirisme radical de James, ni l'humanisme naturaliste de Dewey ne sont à proprement parler pragmatistes. Certes, le pragmatisme est une méthode, et son application à la métaphysique peut sembler légitime. Mais quel serait le test de la trichotomie peircienne de la qualité, de l'existence et de la médiation ? De l'« expérience neutre » de James ? De la « continuité sentie » de Dewey, si proche des « qualités tertiaires » de Santayana ? La nature même de la méthode limite ses points d'application. Mais, si elle est par excellence la méthode d'élucidation des significations, elle n'excelle pas moins dans la régulation de la conduite. La relation des moyens et des fins par quoi toute conduite se définit entre indiscutablement dans sa juridiction.
Au niveau des engagements personnels, chacun est seul juge de son application. Et il n'entre pas dans le propos du pragmatiste d'en décider. Sur le plan théorique cependant, il lui revient de dire comment il conçoit la mise en œuvre de sa méthode en morale et en politique. Dewey a plus qu'aucun autre pragmatiste défendu cette idée que la méthode pragmatiste est la règle d'or de la démocratie.
La méthode expérimentale est le modèle de toute démarche qui se veut démocratique. La fin ici ne s'impose jamais de l'extérieur. Ce n'est pas un idéal prédéterminé à atteindre par n'importe quel moyen. La fin, l'idéal, ce sont les conséquences des moyens. Quand le savant propose une hypothèse pour résoudre une difficulté dans une situation donnée, son hypothèse comporte, par définition, les conditions de sa réalisation, autrement dit les moyens dont la mise en œuvre aura pour fin ou conséquence la solution du problème. La fin ou conséquence est l'expression des moyens. Les moyens et les fins sont, comme le stimulus et la réponse, les noms de deux phases ou fonctions d'un même processus. De même que le fait d'imposer une fin à une expérience scientifique la voue à l'échec, im […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



