Les années 1970 sont marquées par le regain de vitalité d'une « nouvelle macroéconomie classique » fondée, d'une part, sur le principe de rationalité étendu aux anticipations et, d'autre part, sur la revendication d'une coordination par le marché. Face à ce modèle dominant, de nouvelles hétérodoxies se construisent : la volonté de leurs partisans est d'échapper à l'« économisme » en intégrant d'autres disciplines. Née dans les années 1980, l'économie des conventions fait partie de ces programmes de recherche « alternatifs ». Son but est de construire un cadre d'analyse conciliant l'individualisme méthodologique avec les institutions et le principe de rationalité limitée. Paru dans un numéro spécial de la Revue économique qui présente les thèses conventionnalistes, l'article d'André Orléan « Pour une approche cognitive des conventions économiques » s'intéresse en particulier à la convention financière.
1. Incertitude et coordination mimétique : les conventions appliquées aux marchés financiers
S'inscrivant dans la filiation de Franck Knight, André Orléan distingue le « risque » (qui permet un calcul de probabilités) de l'« incertitude » (non calculable). Les mutations qualitatives affectant les produits et les goûts ou les innovations technologiques font, par exemple, partie de ces événements irréductibles aux données antérieures. L'incertitude implique alors une nouvelle définition de la rationalité de l'agent et une remise en cause de la coordination par les mécanismes de marché. Les procédures marchandes doivent, en effet, être complétées par d'autres formes sociales, d'autres institutions coordinatrices : les organisations, appelées « convention ». La convention « désigne l'organisation sociale au travers de laquelle la communauté se dote d'une référence commune, produit une représentation collective extériorisée qui fonde les anticipations individuelles ». Elle permet « d'écarter, provisoirement, les forces destructrices du soupçon et de la méfiance. Ainsi la caractéristique de la convention est-e […]
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