3. Le positivisme scientifique et les problèmes qu'il pose
Deux éléments irréductibles se sont imposés à l'analyse d'Auguste Comte, le signe et l'histoire. Comte a d'abord été sensible à l'histoire des états du savoir, des mentalités, et à leur logique propre : la logique des sentiments avec le fétichisme, la logique des images avec le polythéisme et la logique des signes avec le monothéisme. Il a ainsi contribué à définir la notion de science positive tout en l'élargissant ; car cette notion historique a sa genèse dans le non-scientifique des mentalités qui sont permises par d'autres sociétés que la société occidentale et qui ont leur propre rationalité ajustée à la nature de leur société. Ainsi, le fétichisme spontané est porteur de positivité. Comte a considéré que la science digne de ce nom a toujours un référent social et historique ; aussi la socialité est-elle pour lui une condition supplémentaire de positivité à laquelle n'atteignent pas les spiritualistes, qui la nient, ni les matérialistes, qui la réduisent au biologique. Auguste Comte remonte à un commencement fondamental de l'humanité, qui est la première « révolution », donc un état métaphysique de rupture dans le fétichisme. Ce fut la révolution astrolâtrique, instauratrice du « fétiche commun » – le dieu-fétiche mobilisant une communauté par l'organisation d'un culte et d'un sacerdoce intermédiaire entre la communauté et la divinité, et réalisant ainsi la première unité sociale et mentale d'une histoire faite de continuité et de sauts brusques ou de ruptures. Le « fétiche commun » est une première apparition du « signe », élément commun au langage et à l'art. Aussi Comte réunit-il en une même théorie les théories du signe, de l'art et du langage. Cette genèse reconstitue, dans ses racines anthropologiques préscientifiques, l'histoire de l'esprit scientifique selon ses deux composantes, l'analyse et la synthèse. L'esprit théologique le plus ancien et apparemment le plus hétérogène à la méthode scientifique […]
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