2. Condamnation et renaissance
Toutefois, l'invasion des Barbares et le rôle que ceux-ci se mirent à jouer aux dépens des populations plus anciennement établies sur le sol des provinces de l'Empire romain finirent par changer radicalement l'idée qui présidait jusqu'au ve siècle environ à l'usage du portrait. Sa légitimité absolue fut notamment mise en cause.
Dans la plupart des civilisations traditionnelles, l'homme ne laisse pas « prendre » son image. L'image possède à ses yeux un caractère de « réalité en soi » : elle existe par elle-même comme un double du sujet représenté. Elle peut agir ou subir une action et, ce qui est plus grave encore, elle peut servir d'intermédiaire et transmettre à distance le bénéfice ou le maléfice. Elle est, en bref, un instrument de magie par excellence. Celui donc qui s'est laissé déposséder de son image se trouve à la merci du possédant et l'on ne consentira plus à livrer son image que dans un dessein d'adoration. On prendra des précautions afin de la mettre sous la protection d'une puissance surnaturelle qui garantit sa sécurité en même temps que celle de son modèle. Ce tabou persistera durant la presque totalité du Moyen Âge, dans toutes les sociétés chrétiennes. Il se renforça encore par la crainte du sacrilège transmise à l'Occident par les religions iconoclastes orientales. Il créa des conditions nouvelles et très particulières pour l'usage du portrait qui ne disparut pas pour autant car le désir d'immortaliser ses traits ou de participer par l'intermédiaire de l'image de soi-même au monde divin fut le plus fort.
Les papes furent les premiers à tirer un parti du climat mental nouvellement créé. Dès le ive siècle, le pape Damase (366-384) eut l'idée de mêler son effigie à celle des saints : son portrait sur verre doré, en médaillon, partage la surface du médaillon avec trois saints. Au vie siècle, les papes introduisent leurs portraits dans ces décors de mosaïque qui ornent la calotte de l'abside vers laquelle convergent les regards […]
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