4. Le discours pornographique face à la loi et au désir
L'art pornographique contemporain fonctionne dans l'enceinte de la loi. Et, par là, accepté, toléré, rédimé, il se trouve purgé de toute référence à ces autres lois, plus masquées mais plus terribles, que sont les vieilles lois religieuses ou morales. Péché, honte, culpabilité sont des références qui ont déserté les livres et les films pornographiques actuels. Dans ces derniers comme dans les théâtres de life show ou dans les livres des sex-shops, tout interdit semble s'être volatilisé sans laisser de trace.
Les figures de la nudité, celles des organes sexuels et des formes les moins convenues de leurs accouplements ont cessé d'être marquées du fer rouge qui mutilait jadis l'épaule des prostituées. Pour la première fois, dans l'histoire des cultures, une société donne à regarder, dans un spectacle à la fois morne et délirant, monumental et infatigable, cette « scène primitive » sur laquelle pesait l'interdit monumental. Certes, celui-ci pouvait revêtir des formes très contradictoires selon les sociétés. Montaigne et Sade, également soucieux de ridiculiser ces interdits, se sont ingéniés à établir que les règles de la pudeur et les protocoles de la sexualité n'obéissent pas à un schéma universel. Une conduite qui est ici frappée d'opprobre sera licite dans un pays voisin. Un Arabe ne suit pas les mêmes codes qu'un Italien. Un Espagnol ne s'émeut pas aux mêmes objets qu'un Norvégien. Cependant, pour un certain regard, à un certain niveau d'analyse, peu importe que la loi fondamentale découpe les conduites sexuelles selon telle ou telle ligne : derrière les variations, la loi demeure, immarcescible. Si bien que ce refus universel d'accorder pleine liberté à la sexualité laisse supposer que la sexualité, parce qu'elle constitue le plus obscur et le plus grand danger, a engendré le premier modèle et le ciment de toutes les autres lois – morales, sociales et historiques.
Or, ce qui étonne dans le discours pornographique de […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



