9. Télépopulisme : le modèle italien
Le bon démagogue de la postmodernité est le tribun télégénique, occupant l'espace de la « vidéopolitique ». Ne peut-on voir dans l'emprise croissante du pouvoir télévisuel qui lie les uns aux autres des individus de plus en plus isolés, toute proximité et toute distance étant en même temps abolies, quelque chose comme la confirmation imprévue de la thèse de Hannah Arendt selon laquelle « seuls des individus isolés peuvent être totalement dominés » ?
Les récentes et foudroyantes métamorphoses du système politique italien ont valeur d'expérimentation. Dans un contexte marqué par l'opération Mani pulite (« Mains propres ») lancée au printemps de 1992, qui dévoile et démonte le système de corruption dont vivait la partitocratie italienne depuis près d'un demi-siècle, on a pu assister à la fulgurante ascension télépolitique de Silvio Berlusconi, magnat de la télévision, qui lance au début de janvier 1994 un nouveau mouvement politique, Forza Italia, et met en place une coalition électorale hétéroclite, avec la Ligue du Nord, parti fédéraliste dirigé par Umberto Bossi, et l'Alliance nationale, parti de droite « postfasciste » issu du néo-fasciste M.S.I. (Mouvement social italien). Contre toute attente, cette coalition, le Pôle de la liberté, gagne les élections législatives des 27-28 mars 1994. Le gouvernement Berlusconi, intronisé le 10 mai, durera sept mois : sa chute, le 22 décembre 1994, aura été aussi rapide que son ascension. La carrière politique de Berlusconi, réélu encore une fois en avril 2008, jette un éclairage précieux sur les interférences contemporaines du politique, du démagogique et du médiatique : la communication télévisuelle se substitue au fonctionnement démocratique ; elle devient une nouvelle pratique de la démocratie, une sorte de réalisation symbolique du rêve de démocratie directe. Le télépopulisme est une vidéodémagogie : le démagogue agit sur son auditoire en se donnant à voir plus qu'en se faisant entendre.
Le co […]
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