3. Deux types de populismes : le protestataire et l'identitaire
Une première approche générale du populisme politique contemporain peut se fonder sur une distinction simple entre deux pôles – selon que le peuple est considéré comme dêmos ou comme ethnos – du discours populiste ; l'un protestataire ou, plus précisément, protestataire-sociétal, l'autre identitaire ou identitaire-national, qui définit le noyau dur du national-populisme au sens strict. Cette distinction est illustrée approximativement, imparfaitement, par des mouvements politiques particuliers. Chacune des deux formes du populisme peut se fixer à droite ou à gauche, se jumeler avec une orientation libérale ou une position conservatrice.
Le populisme protestataire. Dans le populisme protestataire, l'appel au peuple est orienté principalement vers la critique ou la dénonciation des élites de fait, que celles-ci soient politiques, administratives, économiques ou culturelles. Cet antiélitisme est indissociable de l'affirmation d'une confiance dans le peuple, défini comme l'ensemble des citoyens ordinaires. C'est pourquoi, sur la base de l'opposition entre les élites factuelles (sinon légitimes) et le peuple, cette forme de populisme peut être décrite comme un hyperdémocratisme, idéalisant l'image du citoyen actif et méfiant à l'égard des systèmes de représentation, censés le déposséder de son pouvoir ou de ses initiatives. La distinction entre l'élite et le peuple peut prendre la forme d'une opposition manichéenne entre ceux d'« en haut » (le « pays légal ») et ceux d'« en bas » (le « pays réel ») : l'intensité de la position protestataire en dépend. Cette double critique, visant les élites et la représentation, justifie la définition d'un projet politique centré sur la réduction de l'écart entre le peuple et ceux qui le gouvernent au nom d'une conception de la démocratie directe censée favoriser le citoyen actif. C'est la face positive de cette première forme du populisme politique : idéaliser la démocratie directe, e […]
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