2. Vers une typologie des populismes
Dans l'ouvrage collectif Populism. Its Meanings and National Characteristics, publié en 1969 sous la codirection de Ghiţa Ionescu et d'Ernest Gellner, le populisme était enfin pris au sérieux par la science politique, la sociologie et l'anthropologie. Il faisait l'objet d'analyses fort diversifiées, mais qui, tout à la fois, montraient l'importance du phénomène (doctrine et mouvement) et mettaient en évidence la relative obscurité de son concept. À première vue, une approche du populisme en termes de psychologie politique permet de repérer un élément central commun à toutes ses définitions : la conviction qu'un complot contre le « peuple » (défini de diverses manières) est organisé par des forces « étrangères ». Le populisme apparaît dès lors comme un « anti-isme », un « négativisme » idéologique : anticapitaliste, anti-impérialiste, antiurbain, antisémite, xénophobe, etc.
Cette représentation négative du populisme revient à le réduire à la vision du complot, à lui attribuer en propre le « théorème des forces occultes » (Sergio Romano) ainsi qu'à dénoncer en lui un « style paranoïde » (Richard Hofstadter). Cette vision « libérale » et hypercritique du populisme s'est instituée en vulgate antipopuliste à partir des premiers travaux nord-américains sur le maccarthysme et ses origines lointaines (Richard Hofstadter, Daniel Bell, Edward A. Shils). Dans les années 1960 et 1970, une réhabilitation historiographique du populisme américain de la fin du xixe siècle a permis de corriger la vision antipopuliste du populisme : après Norman Pollack, Lawrence Goodwyn a établi que, aux États-Unis, loin d'être un mouvement d'extrême droite protofasciste et antisémite, le mouvement populiste était démocratique, d'orientation réformiste et « progressiste ». C'est dans cette perspective que le populisme est aujourd'hui défendu par certains milieux intellectuels américains : réaction contre l'étatisme centralisateur et l'omnipotence de la « nouvelle classe » (l'expertocratie), le populisme implique le fédéralisme, la démocratie directe liée à l'autonomie locale et le pluralisme culturel (Paul Piccone). Cette vision antijacobine du populisme indique l'abîme qui la sépare des formes autoritaires de celui-ci, impliquant la valorisation d'un État central fort, tel le populisme jacobin du Front national dans les années 1980 et 1990.
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