10. De l'ère des masses à l'âge de l'individu spectateur ?
La télévision cesse ainsi de n'être qu'un instrument des partis politiques pour devenir un acteur indépendant de la concurrence politique, qui exerce une forte influence, à la fois sur la popularité des acteurs politiques, sur la nature et sur l'impact des questions débattues. Mais on peut aussi aborder un problème plus ardu : la vidéopolitique étant devenue l'horizon indépassable des leaders politiques de notre temps, le télépopulisme doit-il être considéré comme un facteur de dépolitisation, voire comme le degré zéro de la communication politique ? ou bien doit-il être interprété comme une forme nouvelle de l'affrontement politique ? La thèse de la dépolitisation a été soutenue récemment par de nombreux spécialistes.
La démocratie plébiscitaire de l'ère des masses pourrait trouver dans la vidéopolitique un nouveau mode d'accomplissement. L'identification avec le « sauveur » médiatique produirait une apathie des gouvernés, les citoyens étant réduits au rôle de spectateurs, de consommateurs de spectacles. Bref, pour certains sociologues, la soumission du politique à la médiatisation paraît engendrer une nouvelle figure du peuple : celui-ci apparaîtrait comme « mineur », et serait donc traité en incompétent ou en irresponsable par nature. Un nouveau danger pour la démocratie se profilerait avec l'entreprise télécratique, générant des processus de décitoyennisation. Pour les partisans d'une démocratie active ou participative, c'est là le « mal démocratique » : une baisse d'intensité qui revient à une démission des citoyens, voire à un effacement insensible de la vie démocratique.
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