2. Les développements européens du pop art
Les tendances diverses que l'on a voulu appeler pop art sur le continent européen souffrent des mêmes handicaps. Là, plus encore qu'en Angleterre, l'intellectualisme et une forte politisation du regard ont dérogé à l'esprit pop de la « neutralité calculée » (Livingstone). À cet égard, le nom de réalisme capitaliste que les Allemands donnèrent au pop art américain est symptomatique : il n'y était question ni de réalisme ni de propagande, comme la référence au réalisme socialiste voulait le laisser croire.
L'étiquette nouveau réalisme, dont fut initialement affublé le pop art (Nieuwe Realisten, New Realists), y fit associer à tort les nouveaux réalistes (Yves Klein, Arman, Christo, Jean Tinguely) et certains peintres ou assemblagistes – Valerio Adami, Daniel Spoerri – qui employaient objets de la vie quotidienne et déchets de la société industrielle comme éléments ou référents de leurs œuvres. Cependant, dès les années cinquante, les « décollages » d'affiches de Jacques de la Villeglé, Raymond Hains et Mimmo Rotella qui prélèvent directement dans la rue les images qui font leurs œuvres, les machines impersonnelles de Konrad Klapheck, les citations kitsch d'Enrico Baj peuvent être assimilés au pop art. Dans la France des années soixante, Martial Raysse et Alain Jacquet créent des œuvres authentiquement pop en employant des couleurs agressives et des citations mêlées des classiques, des médias et du pop art américain, en exploitant l'ambiguïté des images reproduites ou répétées. En Suisse, les pneus, traces de pneus, objets agrandis de Peter Stämpfli rappellent Warhol, Rosenquist et Lichtenstein, tandis qu'en Allemagne et dans les pays nordiques la tendance est plus à l'exploitation politique des images de masse, comme chez Wolf Vostell ou Erró et, de façon plus évidente encore, dans les œuvres d'Öyvind Fahlström qui sont un commentaire de la politique mondiale (World Politics Monopoly, 1970, collection privée). L'inspiration purement pop décline en Europe à la fin des années soixante, alors qu'à la même époque le pop art américain poursuit dans la même veine.
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