5. Une économie de transfert, un espace hyper-polarisé
Jusqu'à la découverte et à la mise en valeur du gisement de phosphate de Makatea en 1911, l'économie de la Polynésie française était fondée exclusivement sur l'agriculture et la pêche. La production de coprah fut la première activité agricole commerciale. Le passage, entre 1942 et 1945, de l'armée américaine détermina l'émergence d'activités commerciales et de services multiples. Mais, jusqu'à la fin des années 1950, l'économie de la Polynésie française restait à la merci des cours des matières premières.
Au début des années 1960, des événements d'importance vont modifier profondément l'économie et la société trouvant place en Polynésie française : la création en 1961, par remblaiement d'une portion du lagon de Tahiti, de l'aéroport international de Faaa, qui permet l'atterrissage des avions à réaction et avec eux la venue de touristes ; le tournage du film Les Révoltés du « Bounty » par la Metro-Goldwyn-Mayer qui employa plus de 2 000 figurants locaux, entre 1960 et 1962 ; enfin et surtout, l'implantation, en 1963, du Centre d'expérimentation du Pacifique (C.E.P.), qui devait coordonner les expériences nucléaires programmées par le Commissariat à l'énergie atomique (C.E.A.) et les forces armées : il faisait travailler 15 000 personnes en 1968 et encore 9 000 en 1983, assurant de 20 à 25 p. 100 du P.I.B. entre 1965 et 1985.
La mise en place de ces nouvelles infrastructures entraîna la création de nombreux emplois ; elle provoqua l'afflux de métropolitains, civils et militaires, autant que de ressortissants des îles qui s'entassèrent à Papeete et dans ses proches banlieues ou qui s'installèrent sur la base vie d'Hao en cas de travail sur les chantiers militaires des Tuamotu. Les salaires pratiqués étant infiniment supérieurs aux revenus agricoles, l'essor engendré par le C.E.P. porta le niveau de vie à un degré voisin de ceux de la France métropolitaine et des pays industrialisés. D'un seul coup, l'économie de la Polynésie française perdit s […]
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