3. Une méthode historique renouvelée
Polybe mit au service de cette grande œuvre une méthode neuve, rigoureuse et hardie. Pour lui, l'histoire était une discipline scientifique, bien distincte de la littérature. Son style est médiocre, banal, lourd, sans art : là n'est point sa préoccupation ; il critique sans ménagement ceux de ses prédécesseurs qui préférèrent l'effet de style ou le pathétique à l'exactitude et à la précision. Son récit se fondait sur une enquête documentaire large : témoignages oraux des acteurs des faits, pièces d'archives, œuvres des historiens précédents. Il soumit le tout à une critique sévère ; ainsi il accomplit la traversée des Alpes avant de décrire le parcours d'Hannibal, ce qui lui permit d'épingler ironiquement les absurdités géographiques de ses prédécesseurs. Grand voyageur, il a le sens du paysage, du terrain, de la géographie.
Bon témoin de l'incrédulité religieuse des élites intellectuelles hellénistiques, il refuse fermement toute explication surnaturelle des faits humains, toute intervention du merveilleux, et il récuse sèchement les historiens qui y font appel. Pour lui, les cultes romains étaient une construction artificielle conçue pour le bien de l'État et de la société. « La crainte superstitieuse, écrivait-il, sert les intérêts de Rome [...] Dans un État qui ne serait formé que de sages, cette précaution ne serait peut-être pas nécessaire mais, comme une foule est pleine d'inconstance, on ne peut la tenir que par la crainte d'êtres invisibles et par toute espèce de fictions. »
Sa conception de l'histoire est donc rationnelle. Il s'agit, fondamentalement, de procéder à la recherche des causes. À la suite de Thucydide, il distingue les causes immédiates, les prétextes, et les véritables causes, moins apparentes. Certes, il attache une grande importance aux fortes personnalités, telles celles de Scipion ou d'Hannibal, il étudie essentiellement les faits militaires et politiques, mais il sait toujours dépasser le plan anecdotique. À […]
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