2. L'historien de la conquête romaine
Politicien et homme de guerre, Polybe fut aussi homme de culture et de réflexion. Au cours de sa longue vie, il fut mêlé aux grands événements de son temps, et il approcha les personnages les plus considérables. Son expérience fut enrichie par de nombreux voyages qui lui permirent d'observer directement les pays et les peuples. Il est aussi certain que la vocation d'historien fut favorisée, chez cet homme d'action, par les loisirs forcés que lui valut son exil à Rome.
Il voulut, dans son œuvre, définir la nature et les causes des bouleversements politiques auxquels il assistait. Il voulut écrire une histoire pragmatique, c'est-à-dire celle des faits contemporains, permettant de comprendre son temps et pouvant être directement utile aux hommes d'État et aux chefs militaires. Polybe n'était pas un homme de cabinet, éloigné des tracas de son temps ; pourtant, il sut accumuler une très abondante information écrite et faire preuve de l'érudition nécessaire.
Trois œuvres de Polybe sont perdues : un Éloge de Philopæmen, un Traité de tactique et une Guerre de Numance. Son grand ouvrage, les Histoires, ne comptait pas moins de quarante livres, étudiant la période allant de la première guerre punique (264 av. J.-C.) à l'annexion de la Grèce par l'Empire romain (146 av. J.-C.). Seuls les cinq premiers livres nous sont parvenus en entier ; pour le reste, nous possédons des fragments plus ou moins abondants.
Le but de l'ouvrage est exposé dans l'introduction : « Qui donc, écrit Polybe, serait assez stupide ou frivole pour ne pas vouloir connaître comment et par quel mode de gouvernement presque tout le monde habité, conquis en moins de cinquante-trois ans, est passé sous une seule autorité, celle de Rome, fait dont on ne découvre aucun précédent ? » Il s'agit donc de l'histoire du triomphe de Rome sur Carthage et de l'expansion romaine dans l'Orient grec, qui en fut la conséquence. Pour le Grec Polybe, il s'agissait tout particulièrement d'une réflexion sur les causes et les modalités de la perte de l'indépendance de sa patrie.
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