L'ancienne dénomination de la polyarthrite rhumatoïde mettait l'accent sur la chronicité et la progressivité de cette affection ostéoarticulaire redoutable : on parlait de polyarthrite chronique évolutive. La pharmacopée proposait des sels d'or et, arme ultime, la corticothérapie, hélas difficile à manier. Or, dans le traitement des formes sévères de la polyarthrite rhumatoïde qui entraînent une invalidité importante et sont source d'hospitalisations et d'interventions chirurgicales orthopédiques itératives, deux médicaments, l'infliximab et l'étanercept, viennent d'améliorer l'arsenal thérapeutique. Ils possèdent tous deux la particularité d'être issus des recherches nouvelles de la biotechnologie et de diminuer les symptômes articulaires en inhibant les effets du facteur de nécrose tumorale ou TNF alpha, une substance qui intervient certes dans les défenses antitumorales mais qui est également dotée d'effets pro-inflammatoires puissants. L'infliximab (Remicade⌖) est un anticorps dirigé contre le TNF alpha qui s'administre par voie intraveineuse ; l'etanercept (Enbrel⌖) est une protéine de fusion injectée par voie sous-cutanée qui associe un fragment d'une immunoglobuline humaine et deux molécules d'un récepteur du TNF alpha. Ainsi que l'a montré une vaste étude européenne entreprise chez plus de 500 patients, ces deux modulateurs du TNF alpha permettent de diminuer chez 60 à 70 p. 100 des malades atteints de polyarthrite rhumatoïde sévère l'intensité des symptômes articulaires et, dans neuf cas sur dix, cette action persiste un an. Chez un patient sur cinq, l'effet est encore plus spectaculaire et une amélioration très importante des manifestations cliniques est obtenue en quelques semaines. D'autres travaux suggèrent que ces médicaments pourraient également retarder l'évolution radiologique des lésions. Néanmoins, le coût de ces médicaments demeure extrêmement élevé (de l'ordre de 80 000 à 90 000 F par an) et leur usage reste donc expérimental et réservé aux formes de la maladie les plus graves, c'est-à-dire en pratique à celles qui ne sont pas soulagées par les thérapeutiques usuelles comme le méthotrexate. Des résultats récents laissent penser que l'infliximab pourrait être également actif dans la polyarthrite juvénile et la spondylarthrite ankylosante.
Corinne TUTIN
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