Originaire de Montepulciano (d'où il tire son nom de lettres : il Poliziano, que nous francisons en Politien), Angelo Ambrogini est bien l'une des figures les plus représentatives et en même temps les plus originales du Quattrocento italien, et plus spécifiquement florentin.
En une génération plus tournée vers la spéculation philosophique que vers le lyrisme, il unit des dons de poète à une vaste érudition, plus païenne que chrétienne, dit-on. On lui a maintes fois reproché de négliger l'Écriture sainte au profit des auteurs latins et grecs, de préférer aux Psaumes de David les Odes de Pindare. Non sans quelque apparence de raison : élève du néo-platonicien Marsile Ficin, il enseigne lui-même le grec à Florence et on lui doit un grand nombre de travaux savants. Protégé et ami de Laurent le Magnifique ainsi que de toute la famille des Médicis, il reflète dans son œuvre en vers l'épicurisme distingué et raffiné qui règne à la cour. Il introduit dans une poésie souple, harmonieuse, délicate, voilée de mélancolie devant la brièveté des joies et la conscience de la fuite du temps, et dont a disparu le symbolisme cher à Pétrarque, les fables, les mythes, les sentiments de l'Antiquité. Il compose pour le frère cadet de Laurent, Julien de Médicis, un morceau resté fameux, qui figure en bonne place dans toutes les anthologies, Le Tournoi (Stanze per la giostra). Poème de commande et de circonstance, selon l'usage, il vise à célébrer la victoire remportée au tournoi par Julien et fait pendant à celui que son illustre contemporain Pulci a exécuté pour Laurent. L'œuvre reste inachevée, peut-être parce que Julien allait tomber sous le poignard des Pazzi, le 26 avril 1478, mais surtout parce que ce prélude (les 125 octaves du premier livre et les 46 octaves du second) est plus conforme à son génie que la tâche ingrate de chanter les armes. Dans des tableaux gracieux, au sein d'une nature idyllique, il évoque la chasse de Julien, sa rencontre avec la belle Simonetta Cattaneo, qui a été célébrée par Botticelli dans sa […]
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