2. Les méthodes de polémologie
Gaston Bouthoul commence par tenter de définir le « phénomène guerre » qu'il veut étudier. Les définitions classiques lui semblent trop restrictives : pour Grotius (De jure belli, I), il s'agit d'un « recours collectif à la force » ; pour Clausewitz, c'est « un acte de violence dont le but est de forcer l'adversaire à exécuter notre volonté ». Il repousse de même les définitions d'auteurs récents dont il s'inspire, comme Quincy Wright, qui caractérise la guerre comme « un conflit simultané de forces armées, de sentiments populaires, de dogmes juridiques, de cultures nationales ». En fait, il refuse d'aborder la guerre sous un angle qu'il juge trop philosophique, juridique ou idéologique. Pour lui, elle est « la lutte armée et sanglante entre groupes organisés » (Traité de polémologie). Sa caractéristique essentielle est donc d'être « méthodique et organisée quant aux groupes qui la font et aux manières dont ils la mènent ». Mais il reconnaît qu'une définition exhaustive supposerait une connaissance parfaite du phénomène, et qu'il faut se contenter d'une définition provisoire. Ce problème conceptuel est bien, comme on le verra, une des difficultés de la polémologie.
Avant d'entreprendre une recherche sur les symptômes, les causes et les effets des guerres, G. Bouthoul a fixé pour tâche au polémologue de réfléchir sur les doctrines et les opinions qu'elles ont suscitées. Les cosmogonies et les mythologies antiques sont presque toujours centrées sur la guerre. Les dieux, victorieux de monstres, de démons ou de géants, sont à l'origine des combattants ; le culte s'accompagne de sacrifices, qui intéresseront les divinités à l'entreprise guerrière ; le paradis est promis aux guerriers les plus braves. Quant aux religions monothéistes, elles ont justifié, à différentes époques, la « guerre sainte », puis après saint Thomas d'Aquin, la guerre dite « juste ».
La pensée philosophique, la plupart du temps, a aussi justifié la guerre. G. Bouthoul mentio […]
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