À côté des jeux optiques, mécaniques ou cinétiques des artistes contemporains dont les œuvres sont, comme les siennes, liées à l'étude du mouvement, les sculptures de Pol Bury occupent une place singulière. Une invention créatrice très fertile, une technique parfaitement dominée, l'utilisation exclusive de structures géométriques anonymes d'une impeccable rigueur, à quoi s'ajoutent un très étonnant sens de l'humour et une vaste culture, lui permettent en effet d'apprivoiser le mouvement, de l'extraire de son anonymat physique et d'organiser son œuvre tout entière sur le phénomène de la lenteur. C'est ce qui a permis à Eugène Ionesco de parler à propos de Bury d'une « philosophie de la lenteur » (Pol Bury, Bruxelles, 1976). Un « absolu de la lenteur » qu'il reprend chez Gaston Bachelard et emprunte aux constellations, et qu'on peut envisager dès lors comme un processus mental, étant donné le travail sournois que celle-ci opère sur la mémoire. « La lenteur multiplie la durée, écrit Pol Bury, mais aussi donne à l'œil qui suit le trajet d'une boule la possibilité d'échapper à sa propre imagination de voyeur pour se laisser mener par l'imagination même de la boule voyageuse. […]
