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POINT DE VUE, littérature

L'usage du terme et de la notion de point de vue remonte probablement à l'œuvre de Henry JamesHenry James et aux préfaces qu'il écrivit pour un certain nombre de romans dans lesquels il fait un usage systématique et personnel d'un procédé littéraire déjà connu : raconter une histoire entière par le moyen d'un personnage fictif doté d'une existence à l'intérieur même du livre qu'il est en train de contribuer à raconter. James donne à ce personnage le nom de reflector, miroir. Sur ce modèle il élabore l'une des histoires les plus subtiles qui soient : Le Tour d'écrou (The Turn of the Screw, 1898), récit dans lequel le narrateur, par le fait même de sa narration, devient sujet de l'énigme que comporte tout récit. Cette forme de récit élude la question de l'auteur proprement dit, dans la mesure où celui-ci se trouve relayé par un personnage fictif qui assume la responsabilité de la narration. L'exemple le plus caractéristique de cette technique demeure Les Ambassadeurs de James, roman dans lequel tous les événements apparaissent par l'intermédiaire d'un seul personnage ; ou encore Ce que Maisie savait (What Maisie Knew), où la position du reflector est tenue par une enfant, témoin d'un drame.

Henry James Photographie

Henry James C'est avec Portrait de femme (1881) que le romancier américain Henry James (1843-1916) inaugure une technique narrative originale, qui privilégie le point de vue des différents personnages.

Crédits: Hulton Getty Consulter

On peut envisager d'autres modalités de présentation du récit romanesque : notamment, la position souveraine d'un auteur omniscient, qui connaît non seulement les événements de l'intrigue, mais encore ce qui se passe dans l'âme de chacun de ses personnages (c'est la technique utilisée par les romans classiques ou conventionnels) ; la position du lecteur souverain, qui est faite à tout lecteur d'un roman par lettres, puisqu'il dispose des éléments qu'aucun des personnages fictifs ne possède en leur totalité ; ou encore la position du personnage opaque, c'est-à-dire dont on ne mentionne jamais les pensées parce que le narrateur ne l'appréhende que de l'extérieur, sans savoir à aucun moment ses projets (le meilleur exemple en est sans doute La Clé de verre de D. Hammett).

Ces diverses techniques produisent des effets très différents, de la tranquillité des certitudes acquises (Balzac) à l'anxiété des événements improbables (Chandler, James) : c'est dire l'efficace d'une technique proprement littéraire.

Jean-Yves POUILLOUX

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