3. Affinités et dissemblances
Affinités et dissemblances se révèlent à travers d'autres formes d'imagination et de pensée. Ainsi chez Donne et chez Herbert, le sens vivant des « doubles natures », de la conjonction nécessaire entre l'âme et le corps, le surnaturel et la nature, le divin et l'humain, oriente l'imagination poétique vers le paradoxe de l'Incarnation, favorise l'interpénétration de l'abstrait et du concret dans le style. Mais à travers les nuances mêmes de l'expression se discerne chez Crashaw et, d'une autre façon, chez Vaughan, une confusion du sensible et du spirituel, tandis que s'affirme diversement chez Marvell et chez Traherne la séparation ou la secrète identité de la sensation et de l'idée. Du point de vue de l'histoire de la pensée, ces poètes devraient se répartir entre les divers courants philosophiques et religieux qui traversent leur époque. L'unité ne se découvre pas même en leur commune attention à la vie intérieure, qui, aux yeux de certains critiques, justifierait le titre de poésie psychologique plutôt que métaphysique. On sait comment l'égocentrisme chez Donne s'élève à la conscience de soi, provoque l'analyse psychologique, conduit à l'ironie envers soi et à l'ambiguïté ; comment le désir exaspéré de se connaître ou de se rejoindre dicte l'attitude même du poète envers l'amour, envers la mort, envers Dieu. Un mode de conscience analogue se dessine chez Herbert. Que Crashaw, tout à l'opposé, ne cherche qu'à s'oublier et se perdre dans la contemplation extatique ne saurait surprendre. Mais la conscience de soi chez Vaughan n'est qu'un diffus sentiment de soi qui se projette sur la nature dans un mouvement de sympathie animiste. Fugitive chez Marvell, constante chez Traherne, s'affirme une « conscience de conscience » qui se désintéresse des passions de l'âme et des mouvements du cœur pour devenir contemplation pure de la pensée ou analyse intellectuelle des opérations de l'esprit. Elle trouve son expression purement philosophique dans les œuvres […]
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