« La fille de Minos et de Pasiphaé... », « La blanche Oloossone et la blanche Camyre... » Ces deux vers, selon le Bloch de Marcel Proust (Du côté de chez Swann), ont pour eux d'être « assez bien rythmés », et surtout « le mérite suprême de ne signifier absolument rien ». Avant Henri Bremond, mais non sans ironie, Proust avait mis le doigt sur cette poésie pure qui agita le milieu littéraire entre 1925 et 1930. Le débat fut engagé, puis relancé, par trois livres successifs, La Poésie pure (1925-1926), Prière et poésie (1926), Racine et Valéry (1930), ouvrages de cet abbé Bremond qui donna par ailleurs une monumentale Histoire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours.
Qu'est-ce que Henri Bremond entend par poésie pure ? Tout repose sur l'affirmation que la poésie procède du divin. Pour qu'elle se montre digne de cette ascendance, il faut que sa manière atteigne au niveau des « musiques du silence » qui sont d'une tout autre nature que « le bruit des mots ». Le poète participant de l'harmonie du divin est une sorte d'intercesseur entre l'essence universelle et les apparences […]
