Ce premier recueil de Verlaine (1844-1896), publié chez Lemerre en 1866, est placé sous le signe de l'astrologie. Ne nous y trompons pas cependant : si Verlaine « croit » à l'astrologie, c'est en écrivain, et comme à une productive illusion.
Dès le poème liminaire, l'écho qui fait résonner en rime « astres » et « désastres » semble vouer le poète à Saturne, planète du malheur. Ainsi, Verlaine pratique l'astrologie en poète, par les rimes. Saturne lui vaut « bonne part de bile », et en même temps les règles de l'homophonie condamnent son imagination à n'être que « débile ». La raison ici ne sera d'aucun secours : elle ne rime qu'avec « poison ».
De cette croyance distanciée témoigne également le refus – affirmé dans le deuxième poème, le Prologue – d'endosser un rôle traditionnellement octroyé au poète, celui de prêtre. Si jadis le poète « daignait consentir à ce rôle de prêtre », c'est en raison d'une erreur profonde, « c'est qu'il se méprenait alors sur l'âme humaine ». Ce qui est renié ici, c'est la tentation « romantique » de la poésie qui aurait voulu se faire passer pour une religion, ou même en prendre la place. Inscrite au fronton du recueil, cette critique du « rôle de prêtre » place l'œuvre en avance sur notre propre modernité.
1. Caprice et mélancolie
Outre le poème liminaire et le Prologue, le recueil est découpé en plusieurs sections. Melancholia regroupe sept sonnets d'alexandrins et un poème de trois quatrains d'octosyllabes. Eaux-fortes compte cinq poèmes de facture plus diversifiée ; la métrique y oscille du pentasyllabe à l'alexandrin et le ton en est marqué par les effets sonores de l'angoisse et du grotesque. Le ton de la section suivante, Paysages tristes est moins accentué : la dominante en est fournie par les soleils couchants, la chanson de l'automne, la solitude et les frissons d'arbres. La section Caprices comporte cinq poèmes numérotés ; ils sont suivis d'un groupe de douze poèmes. Dans cet ensemble, la relation amoureuse occupe le premier plan. Chatte, ingénue, […]
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