2. Un explorateur du passé
La nostalgie occupe une place considérable dans cette œuvre, dans la mesure où elle permet de retrouver le bonheur perdu : « Délices et baumes de ma vie ce souvenir des heures/ où j'ai pu trouver et garder la volupté comme je la voulais [...] moi qui n'ai jamais/ supporté le plaisir des amours routinières. » Explorateur du passé, Cavafy embrasse une très large période, d'Homère au xxe siècle, avec une prédilection, cependant, pour les moments de crise ou de déclin. Il aime à commenter tel fragment de chronique oubliée, à rebrousser chemin pour évoquer tel tombeau de grammairien, tel étudiant en littérature grecque, retours éminemment autobiographiques. Cette vision impressionniste exalte la sensualité, la nudité, un regard aimé, une attitude. Très respectueux de cette liturgie intime, le poète tremble devant chaque virgule, reprend le texte afin que, malgré le temps, la brûlure du désir se perpétue : « Quand la mémoire du corps se réveille,/ et qu'un désir ancien tressaille dans le sang ;/ quand les lèvres et la peau se souviennent... » Pour rompre avec la monotonie des jours, seuls le corps et la mémoire du plaisir, seule l'exaltation précise de moments défunts souvent liés à un fait littéraire peuvent sauver celui qui se considère comme « une créature de l'instant, impatiente et maladroite ».
L'œuvre de Cavafy atteste que « les voluptueux ont aussi le sens de l'éternel » déclarait Marguerite Yourcenar (1903-1987) qui traduisit une grande partie de ses poèmes.
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