2. La purification
La philosophie de Plotin peut se lire en deux sens : à partir du principe originaire et proprement indicible pour passer à la dualité du pensant et du pensé, puis à l'éparpillement psychique dans le temps et dans l'espace ; mais, à suivre ainsi l'ordre logique d'une « procession » (qui n'est qu'en apparence histoire et genèse), on laisse échapper la méthode plotinienne comme purification et ascension. En fait, ce dernier mouvement et le précédent sont connexes. Dès le départ, Plotin pose à la fois la hiérarchie des hypostases, l'existence éternelle d'un monde à demi illusoire et l'aspiration des âmes séparées à l'unité perdue et néanmoins toujours présente au plus profond d'elles-mêmes.
La chute platonicienne, la « perte des ailes » (Phèdre, 248 c), est moins ici le mythe d'une faute originelle que la métaphore d'une expérience vécue. Le nouvel essor de Psyché, ses retrouvailles célestes ne sont pas le fruit d'une grâce liée à une foi et n'exigent aucun sacrifice rédempteur. Si l'image gnostique de l'or enfoui sous la boue est reprise pour indiquer ce qui reste de toujours divin dans la plus haute portion des âmes dispersées, la délivrance de ceux que le dualisme appelle les « pneumatiques » (ou spirituels) n'implique aucun rejet définitif d'une race maudite, les « hyliques » (ou matériels), l'heureuse issue d'un simple triage entre les fils de la Lumière et ceux de la Ténèbre. Loin de succomber à l'attrait de certains « mystères » orientaux, Plotin conserve de la grande tradition hellénique l'idée d'un cosmos unique, réellement intelligible et, en son fond, harmonieux. Même le corps, « dernière trace des choses de là-haut dans la plus infime de celles d'ici-bas » (Enn., III, iv, 1), doit être maîtrisé plutôt que méprisé, car, en lui, l'âme s'est en quelque sorte formé une matière à son image. Si la métensomatose (migration des âmes de corps en corps) n'est pas un pur symbole, elle indique surtout que l'âme qui vit au niveau de la bête ou de la plante ne mérite qu'un « instrume […]
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