3. État actuel
L'ampleur du répertoire, la variété des formes, la richesse mélodique, l'accord profond de la vie spirituelle et du style musical qui se veut à son service, tout cela souligne l'importance historique, culturelle et spirituelle du plain-chant. On s'explique que la Constitution conciliaire sur la liturgie (deuxième concile du Vatican, art. 112 et 116) le réaffirme « chant propre de la liturgie romaine, [...] de valeur inestimable, [...] digne de la première place ». Or, malgré ces affirmations, ce chant a subi, dans le culte catholique, un déclin considérable. Le retour pour tout chant à la langue populaire, au message intelligible, a éloigné de la musique (que l'on estime jeu ou hédonisme ?) et, à plus forte raison, du latin et d'une musique issue du latin. C'est, en fait, une rupture avec une séculaire tradition de méditation musicale. En revanche, dans les milieux scientifiques, au lieu d'un déclin, on a constaté plutôt un progrès : au-delà des polémiques, une synthèse solide s'est imposée à l'étude musicologique. Une édition critique du Graduel est en cours à Solesmes ; les théories modales (J. Claire) et une synthèse « verbale modale » rendent compte de la composition ; la sémiologie (E. Cardine) amène toujours de nouvelles découvertes, celle, par exemple, primordiale, de la « coupure expressive » des neumes. La rythmoscopie (J. Jeanneteau) analyse scientifiquement l'interprétation inscrite dans les enregistrements de chant grégorien, comme cela pourrait se faire avec n'importe quelle autre mélodie. Grâce à l'électronique et à l'informatique, le signal musical est dépouillé des variations mélodiques et des paroles qui sont l'information à interpréter ; seules les moindres nuances de la dynamique apparaissent sur une courbe appelée rythmogramme ; on y voit la forme propre de chaque interprète, sa connaissance du détail neumatique, les relations entre l'accent et la finale, sa recherche des pôles d'intensité, la maîtrise de son propre tonus, les nuances […]
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