Né en Romagne dans une famille prolétarienne, Pietro Nenni se lance à vingt ans dans la lutte ouvrière au cours d'une grève contre la guerre de Libye ; il fait plusieurs séjours en prison pour activités « anarchistes » et est en particulier emprisonné en 1911 avec Mussolini pour avoir participé à des manifestations contre la guerre italo-turque. Coéditeur avec Carlo Rosselli d'Il Quarto Stato, il adhère au parti socialiste en 1920, entre à l'Avanti, organe du parti, et en devient le correspondant à Paris (1921). Mais il n'oublie pas ses origines et, lors de sa dernière rencontre avec Mussolini en 1930 à Cannes, il lui dira : « Tu oublies que tu as été le chef de notre parti, tu oublies que les ouvriers tombés sous les matraques et les poignards des Chemises noires étaient devenus socialistes à ton appel. » De retour en Italie, il essaie d'unifier son parti et de faire l'unité d'action avec le Parti communiste italien (P.C.I.) contre la montée du fascisme. Il n'y parviendra qu'à Grenoble, au « congrès de l'exil », où lui-même a dû chercher refuge en 1926. Commissaire de la brigade Garibaldi pendant la guerre d'Espagne, puis de nouveau réfugié à Paris, arrêté par la Gestapo à Vichy en 1943, il est livré à Rome et interné. Secrétaire général du parti socialiste en 1944, il préconise l'unité d'action avec le P.C.I. et participe aux gouvernements de coalition en 1945 et 1946. Après s'en être éloigné en 1947, il s'allie de nouveau avec le parti communiste (1948-1953), ce qui entraîne la scission avec les socialistes modérés de Saragat (1947). Mais Nenni penche de plus en plus pour un renversement des alliances, et, après une dure bataille contre la gauche du parti restée fidèle à la politique de Front populaire (1957), il entame en 1959 le dialogue avec la démocratie chrétienne. Il y perdra l'aile gauche de son parti, tentera de la reconquérir en 1965, puis la reperdra en 1969. Vice-président du Conseil d'Aldo Moro en 1963, il incarne désormais la politique de « centre gauche » et plaide pour la « politique des choses concrètes ».
Dans sa longue carrière comblée d'honneurs, il a symbolisé les problèmes et les déchirements d'un socialisme d'inspiration « humanitaire et égalitaire » tentant de garder sa personnalité face à un très puissant parti communiste. Nenni, peu théoricien, réaliste et bâtisseur d'appareil — il est président du Parti socialiste italien —, a payé le prix d'une position intenable : accusé d'avoir trahi la jeunesse « rouge », d'avoir collaboré avec les « bourgeois », le commissaire devenu dignitaire (en 1970, il a été nommé « sénateur à vie de la République ») domine de sa très forte personnalité le socialisme européen.
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