D'une famille haarlémoise dont le nom patronymique était Boddingh (ou Boddink), Pieter van Laer reste plus connu dans l'histoire de l'art sous son sobriquet italien de Bamboccio (Bamboche), surnom qui lui vint de son apparence physique bancale et disgraciée.
Il apprit d'abord la peinture aux Pays-Bas, puis se rendit à Rome où il est déjà mentionné en 1626 (et sans doute déjà en 1625). Son séjour romain dura longtemps, mais, en 1639, il était rentré à Haarlem après un détour par Amsterdam. Ses dernières années restent obscures : en 1642, il est reparti en voyage sans que l'on sache où il s'est rendu. Peut-être a-t-il séjourné quelque temps à Utrecht. Son influence sur les peintres nordiques et italiens tenants d'un réalisme populaire pittoresque fut considérable, puisqu'on les a appelés à sa suite les bamboccianti. Ce courant neuf fut d'une extrême vitalité ; Cerquozzi, Staverden, Mole, Sweerts, Adries Both, Miel en ont été les principaux et infatigables représentants. Dujardin, Jan Both, Asselyn et Berchem en sont largement tributaires aussi, tout comme Bourdon et les Le Nain, Lingelbach et Wyck. La « bambochade » est ainsi une peinture de genre empruntée à la vie quotidienne du petit peuple romain : figures de la rue saisies dans leur réalité vivante et pittoresque, peintes dans des couleurs sombres, soulignées d'un vigoureux et sculptural clair-obscur caravagesque.
Les peintures de Van Laer, d'une excellente qualité (il a un sens très juste et fin de la lumière), ont souffert d'une trop grande exploitation commerciale et celles qui sont authentiques sont relativement rares. Signalons-en de bons exemples à Brême, au Louvre, à Amsterdam, à Budapest (La Petite Briqueterie). Sa contribution à l'art du paysage reste trop peu soulignée : autant qu'un peintre de « bonshommes » déguenillés et pittoresques, Van Laer est un paysagiste subtil et délicat qui crée en un sens la « pastorale » italianisante chère à Berchem, Adriaen van de Velde et Dujardin, par ce mélange harmonieux des figures, des animaux et des frondaisons, par cette vivacité claire de la lumière qui glisse sur les formes et qui suggère la profondeur de l'atmosphère.
Jacques FOUCART
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