Jésuite qui a été l'un des plus brillants constructeurs de son ordre à une époque où celui-ci élevait en Belgique les plus belles églises baroques. Pieter Huyssens participe à la construction de Saint-Charles-Borromée à Anvers (1615-1621), sans que l'on puisse déterminer exactement quelle part il prit à l'exécution des plans. Il est désigné en 1617 pour diriger les travaux à la mort de son supérieur, le père Aguilon. Et on peut estimer qu'il est l'auteur du clocher, chef-d'œuvre d'élégance et de grâce. Les deux œuvres suivantes, Sainte-Walburge à Bruges (1619-1642) et Saint-Loup à Namur (1621-1645), sont de plan exactement semblable : trois nefs sans transept, chevet arrondi dominé par une tour (inachevée dans les deux cas). Les tribunes de Saint-Charles-Borromée sont ici supprimées. Les colonnes supportent des arcs en plein cintre surmontés d'un entablement richement mouluré. La voûte de Saint-Loup (berceau à pénétrations) est ornée d'un admirable décor sculpté dans la pierre.
C'est au retour d'un voyage à Rome, en 1629, que Huyssens dessine les plans de l'église Saint-Pierre, à Gand, son chef-d'œuvre, qu'il construit non plus pour son ordre (il était peut-être en disgrâce), mais pour les Bénédictins. La tour du chevet, la coupole et la façade (celle-ci assez lourde et morne) furent élevées après sa mort. L'intérieur, d'une admirable monumentalité, tire sa beauté à la fois de ses proportions harmonieuses et de l'élégante pureté des lignes : le dessin des pilastres, le profil sobrement mouluré des arcades et de l'entablement puissant sont en effet d'une rigueur qui peut se comparer aux meilleurs exemples romains. Ce sont en définitive ces qualités de mesure et de force contenue qui font l'originalité du baroque de Huyssens.
Jean-Jacques DUTHOY
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