L'œuvre de Mondrian (de son vrai nom Pieter Cornelis Mondriaan) est l'une des plus radicales qui soient de tout l'art du xxe siècle, ce qui explique sans doute pourquoi on l'a longtemps si mal comprise. Ses toiles furent d'abord tenues pour des modèles expérimentaux dont architectes et « designers » auraient à s'inspirer. Ses tableaux devinrent ensuite le parangon de ce qu'on nommait l'« abstraction géométrique », ou le « style » par opposition à l'« abstraction lyrique » ou le « cri », et les commentaires allaient bon train sur la « géométrie secrète du peintre ». Enfin, on interpréta son œuvre comme le testament d'un prophète néo-platonicien dévoilant la vérité du monde sous le voile des apparences. De chacune de ces lectures, Mondrian lui-même est en partie responsable (elles peuvent toutes s'appuyer sur les contradictions des très nombreux textes qu'il écrivit tout au long de sa vie). Mais elles demeurent toutes aveugles à l'enjeu de son travail, au fondement de la formidable tâche qu'il s'était assignée, à savoir la remise en cause absolue de la tradition picturale depuis la Renaissance. « Je crois que l'élément destructeur est trop négligé en art », dir […]
