2. L'historien de la cité
Y a-t-il une méthode Vidal-Naquet ? On dira qu'il y en a plusieurs, celle du philologue, celle de l'épigraphiste, celle du structuraliste et celle de l'historien des idées. Par vocation Pierre Vidal-Naquet était ce qu'on appelle un « littéraire », lecteur compulsionnel, capable de réciter des centaines de vers classiques d'un trait. Diplômé de lettres classiques et d'histoire, il s'était formé à la Sorbonne, suivant les séminaires de philologie et de numismatique, auditeur assidu du mythique cours de Louis Robert, l'épigraphiste le plus célèbre de son temps. Son premier mémoire de recherche, il l'avait soutenu avec Henri Irénée Marrou, un résistant exemplaire et l'un des rares professeurs de la Sorbonne à penser que l'historiographie était aussi nécessaire à l'historien que l'oxygène. Mais le structuraliste pointe dans Clisthène l'Athénien (1964) et s'épanouit dans Le Chasseur noir (1981), sans doute le plus achevé et le plus compliqué de ses livres, une sorte de coupe stratigraphique dans les comportements et les représentations des Grecs de l'âge des cités. Cet essai est comme la continuation de l'œuvre de Louis Gernet, le maître de Vernant et l'explorateur d'une Grèce délivrée des travers classicistes et des représentations bourgeoises. Vidal-Naquet est un historien de la cité, mais une cité des marges, des frontières et des crises, une cité proche des poèmes de Cavafy comme des paysages de pluie des films de Théo Angelopoulos. Pour lui, la Grèce n'est pas enfermée dans le monde classique, elle fait bloc jusqu'à la Grèce contemporaine.
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