Surgie dans l'après-guerre, radicalement abstraite mais éloignée de l'art géométrique, reçue favorablement aux États-Unis, la peinture de Pierre Soulages a pu être un temps rapprochée de l'action painting, quand on ne la rangeait pas du côté d'un art gestuel à la française. Mais, travaillant hors de tout groupe, n'obéissant qu'à son impératif intérieur, ce peintre a toujours su échapper à tout positionnement théorique collectif et son œuvre n'a jamais évolué que selon ses propres lois. En plus de soixante ans d'activité, la permanence de la manière de Soulages est remarquable. Cette grande allure qui n'est qu'à lui, de force contenue, d'autorité, de monumentalité et de rigueur sans raideur, reconnaissable dans chaque pas nouveau, et qui unit subtilement les toiles, les papiers, les estampes, les vitraux et ses quelques bronzes, relie tout l'ensemble non à l'histoire de la peinture d'abord, mais aux racines du peintre et à ses goûts d'enfant, quand, peignant à l'encre noire au pinceau sur des feuilles blanches la neige, il construisait son rapport originaire et définitif à la peinture. Cette passion de la lumière exaltée par le noir n'a pas cessé de guider sa main et son œil.
1. Vers l'« outrenoir »
Né à Rodez en 1919, caché à Montpellier pendant la guerre pour échapper au S.T.O., Pierre Soulages gagne Paris en 1946 pour se consacrer à la peinture. Lorsqu'il apparaît soudainement au grand jour au Salon des surindépendants en 1947, son travail, immédiatement salué par Francis Picabia et Hans Hartung, reçoit très rapidement une reconnaissance internationale et ses toiles entrent, dès le début des années 1950, dans les collections des plus grands musées européens et américains. Son audience ne cessant de croître, les rétrospectives internationales se sont succédé dans les quatre continents depuis 1960, et son œuvre est présentée aujourd'hui dans le monde entier. Une aile du musée Fabre à Montpellier accueille, depuis 2007, trente et une de ses toiles, et un musée Soulages, consacré […]
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