Type parfait de l'homme du pouvoir, Pierre Séguier est prêt à accepter n'importe quelle tâche délicate et impopulaire. Il y a là une part, réelle, d'esprit de fidélité à la monarchie (mais qui a ses limites) et du besoin d'être du côté du pouvoir, pour lui-même et pour sa famille. Il a su choisir son camp, et y rester même au moment des difficultés. Neveu d'Antoine Séguier, conseiller d'État et avocat général au parlement de Paris, Pierre Séguier est d'abord intendant en Guyenne (1621), puis président à mortier du parlement de Paris en 1624, garde des Sceaux en 1633 ; il remplace d'Aligre à la chancellerie en 1635. Homme lige de Richelieu, il est chargé de la délicate mission de saisir la correspondance d'Anne d'Autriche avec son frère le roi d'Espagne en 1637, de diriger la répression de la révolte des Nu-Pieds en Normandie en 1639, de coordonner la lutte contre les conjurations, et en particulier contre Cinq-Mars en 1642. Protecteur officiel de l'Académie française en 1643, il sait se mettre à temps au service de Mazarin et d'Anne d'Autriche et permet de faire casser le testament de Louis XIII. Séguier reste suffisamment fidèle à Mazarin pour qu'il soit obligé de s'exiler un moment et il est récompensé en 1650 par le titre de duc. Au début du règne personnel de Louis XIV, il instruit en 1661 le procès Fouquet, à la grande indignation de Mme de Sévigné, et non sans se faire rappeler par son adversaire quelques « conversations » avec les Espagnols. La fin de sa carrière est marquée par une double évolution. Il est, en effet, pour une large part le coauteur des ordonnances qui, de 1668 à 1670, marquent une étape importante du droit français, plus connues parfois sous le nom de Code Louis. Sa vieillesse et son souple opportunisme l'empêchent de protester contre l'amputation progressive des prérogatives de ses charges judiciaires au bénéfice de ce qui sera ultérieurement le Contrôle général. Bibliophile, cultivé, amateur éclairé, il lègue sa bibliothèque à l'abbaye de Saint-Germain. Tout au long du xviiie siècle, les académies, tant parisiennes que provinciales, ne cessèrent de se réclamer, rituellement, de ce « protecteur » exemplaire.
Jean MEYER
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