Dès le début du xviiie siècle, Puget fut célébré comme « le Michel-Ange de la France ». De Falconet à David d'Angers, de Rude à Rodin, de Delacroix à Cézanne, innombrables sont les témoignages d'admiration, parfois critique, pour la puissance pathétique du sculpteur, en qui Théophile Gautier reconnaît « le plus grand statuaire de son époque » et que Charles Baudelaire célèbre comme l'un des « phares » de l'humanité. Installé dans une salle Puget ouverte au Louvre en 1824, son Milon de Crotone contribua à l'imposer au xixe siècle comme l'un des représentants du génie français, le pendant de Poussin pour la sculpture. Dénoncé au début du xxe siècle par l'histoire de l'art nationaliste comme l'un des fourriers de l'italianisme, contraire à l'esprit de mesure français d'un Goujon ou d'un Girardon, Puget parut inversement sans doute trop classique pour bénéficier pleinement d'un nouveau retournement du goût en faveur du baroque. De la première monographie scientifique (1970) à l'exposition pour le tricentenaire de sa mort (1994), l'historiographie a développé le catalogue de ses œuvres sculptées, au-delà des grands morceaux qui ont fait sa gloire ; elle a redécouvert son activité de peintre et de dessinateur, négligée (dix-sept peintures, une centaine de dessins), et d'architecte, mal mesurée ; elle a su aussi démonter la légende romantique, noire et glorieuse, de l'artiste provincial, oublié du pouvoir et se dressant contre l'absolutisme, « âme souffrante d'un siècle malade » (Michelet), légende qui a entretenu efficacement sa mémoire, mais brouillé son image. L'inscription qu'il apposa sur plusieurs de ses œuvres, « P. Puget Massil. Sculp. Arch. et Pic. » (Pierre Puget, Marseillais, sculpteur, architecte et peintre), atteste ses ambitions d'artiste universel, qui sut revendiquer et faire reconnaître sa liberté de création, comme Michel-Ange et Bernin, auxquels on peut et on doit sans doute le comparer pour lui rendre justice[…]
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