Né en 1931 à Paris, l'historien Pierre Nora a été marqué, dans son enfance et sa jeunesse, par la défaite de 1940, l'Occupation, l'affrontement entre gaullistes et communistes, et les guerres de décolonisation. Conscient du rapport de l'historien à son propre passé et à celui de son pays, il proposera à certains des plus éminents de ses confrères d'écrire leur « ego-histoire » (1987).
Licencié en lettres et en philosophie, Pierre Nora est agrégé d'histoire. Á la fin des années 1950, il est professeur au lycée Lamoricière d'Oran, en pleine guerre d'Algérie. Il en rapporte une réflexion sur Les Français d'Algérie, son premier livre publié en 1961. Essai de psychologie collective des pieds-noirs, cet ouvrage s'efforce aussi d'aborder dans une démarche d'historien le rapport entre les Français et la colonisation. Il crée peu après chez Julliard la collection de livres de poche « Archives », avec le projet nouveau de rendre accessibles au grand public des sources historiques sous une forme ordonnée et commentée par des spécialistes.
Alors qu'il commence une carrière universitaire comme maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris en 1964, il est sollicité par Claude Gallimard pour fonder un vaste secteur d'édition à côté de la littérature. Ranimant les collections « Bibliothèque des idées » et « Bibliothèque de philosophie », Pierre Nora crée la « Bibliothèque des sciences humaines », lancée en 1966 par l'ouvrage de Michel Foucault Les Mots et les Choses, son premier et plus grand best-seller. S'y ajoute, en 1971, la « Bibliothèque des histoires », dont le titre le plus vendu est Montaillou village occitan d'Emmanuel Le Roy Ladurie (1975). Elle redonne une place centrale à l'histoire, en pleine mode des sciences humaines et du structuralisme. Elle contribue à présenter des approches renouvelées tant en termes de sources que de questionnements, alors que l'on parle de « nouvelle histoire » (Le Dimanche de Bouvines de Georges Duby, 1973). Enfin, Pierre Nora lance, en 1966, la collection […]
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