Contrairement à ses grands prédécesseurs – Marius-Michel s'est fait connaître par ses prises de position doctrinales, Legrain et Bonet furent des décorateurs non praticiens –, le relieur d'art Pierre-Lucien Martin est d'abord un homme de métier. Métier qu'il a appris à l'École Estienne, métier qu'il a exercé longtemps comme ouvrier ici ou là jusqu'en 1940, puis comme artisan pendant une dizaine d'années. Dans les ateliers de reliure industrielle Brodart et Taupin, il participe à la mise au point du « procédé Jotau » de couverture en bakélite moulée qui fut pour lui un contact marquant avec la reliure comme « bel objet moderne ». C'est ensuite la rencontre avec A. J. Gonon, relieur lettré, qui apporta à P.-L. Martin une ouverture sur le monde de l'art et de la culture.
L'immédiat après-guerre est pour lui une période charnière. Il se fait connaître par la qualité de ses pleines reliures, soit des copies de reliures romantiques ou « à la Lortic », soit de sobres « jansénistes » qui, les unes et les autres, restent appréciées ; il pénètre dans le petit monde des libraires et des bibliophiles. Enfin, il se lance dans la reliure à décor moderne, grâce aux encouragements décisif […]
