2. Les « Sentences » et l'enseignement scolastique
Propres au Moyen Âge, les Sentences sont un genre littéraire résultant d'une lente évolution : compilation d'extraits des écrits d'un ou de plusieurs Pères ; mise en ordre de ces extraits selon les arguments et les sujets traités ; établissement d'un plan systématique ; insertion de sentences d'auteurs modernes, qui supplantent même les autorités patristiques ; organisation des sentences en groupe de questions, avec discussion du pour et du contre et solution. Ainsi les principaux magistri dégagent-ils de la forêt de ces sentences un ouvrage personnel : un livre des Sentences.
Le plus remarquable, le plus important pour l'histoire de la théologie est incontestablement celui de Pierre Lombard ; il est lui-même à l'origine d'une nouvelle évolution du genre. Après leur reconnaissance officielle par le IVe concile du Latran, les Sententiarum libri quatuor deviennent l'ouvrage de base de l'enseignement théologique, de même que le De grammatica de Priscien ou le Décret de Gratien (Robert de Sorbon, De conscientia, I, 19).
La « lecture » des Sentences préparait la voie à l'explication de l'Écriture et à son interprétation théologique. Entre 1240 et 1242, sous l'impulsion, semble-t-il, d'Alexandre de Halès, apparaissent les premiers commentaires réglementaires des Sentences. Cette lecture devient une des étapes de l'explication du texte sacré (Sacra Pagina) : la première est la lecture de la Bible pendant un an (ou deux), cursorie sous la conduite du bachelier biblique ; la deuxième, qui dure deux ans (plus tard, un an), consiste dans l'initiation à l'ensemble des questions théologiques, des controverses et arguments par la lecture du manuel des Sentences, sous le bachelier sententiaire, qui doit étudier le livre complètement et consciencieusement avant d'accéder à la maîtrise ; devenu maître, celui-ci expliquera le sens de la Bible en y rattachant les problèmes de haute théologie ou de pure spéculation, les discussions récentes sur les divers problèmes. Les s […]
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