2. L'écrivain et le dessinateur
Tour à tour, voici le traducteur dont la transposition proprement musicale de L'Énéide, écartelant la langue française, laisse sourdre les sonorités et les rythmes de la prosodie latine ; l'exégète de Nietzsche, de Sade et de Fourier, qui confronte ses intuitions aux leurs jusqu'à les en rendre indissociables, retrouvant ainsi le genre majeur du commentaire. Voici l'écrivain, ouvrant des fictions, créant des figures (Roberte, Diane, Le Baphomet), inventant une langue qui donne à voir, puisant pour ce faire dans des stylistiques aussi diverses que celles des auteurs de la dernière Rome, des romans médiévaux, des théologiens scolastiques, de Joseph de Maistre ou de Barbey d'Aurevilly, travaillant la syntaxe et en minant les certitudes jusqu'à y introduire les flexions, la variabilité des langues à déclinaison (le latin et l'allemand) qu'il maîtrise magistralement. Voici le dessinateur obsédé par la minutie de poses délibérément convenues, scènes mythologiques traitées en tableaux vivants, phantasmes inlassablement répétés comme si la volonté de désagréger le sujet allait de pair paradoxalement avec celle de s'en tenir à la même et unique figure. Le dessinateur cohabitera d'abord avec l'écrivain puis, le « spéculatif le cédant au spéculaire », le supplantera, passant de la mine de plomb aux crayons de couleurs, du format intime aux « grandes machines » à échelle de peinture murale, combinant les réminiscences de l'école française du xixe siècle, de l'art pompier, des affichistes et des livres illustrés pour enfants. Plusieurs rétrospectives (Kunsthalle de Berne, 1980, Centre national des arts plastiques de Paris, 1990, Musée d'art et d'histoire de Genève, 1995, Centre Georges-Pompidou, Paris, 2007) ont permis de prendre la mesure de cet art du dessin.
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