Élève de l'École normale supérieure à la fin des années 1930, écarté du concours par le régime de Vichy, Pierre Kaufmann passa l'agrégation de philosophie dès la fin du conflit. De son action, qui lui valut la croix de guerre, dans les combats de 1940 comme de son engagement dans la Résistance, il ne parlait qu'à ses proches, et seulement pour apporter un témoignage ; il faisait en revanche complètement silence sur le roman, publié en 1949 chez Gallimard, Le Dernier des Maîtres, auquel ce qu'il avait vécu et noté au cours de la guerre fournit l'argument.
Si cette tentative ne lui apporta pas la renommée littéraire, le journalisme – un journalisme d'idées – devait pleinement satisfaire son insatiable curiosité. Raymond Aron a évoqué dans ses Mémoires l'équipe de Combat, que lui-même rejoignit en 1946 ; beaucoup plus dominée par Pia que par Camus, elle comprenait “une pléiade d'intellectuels qui, sortis de la Résistance, n'avaient pas encore regagné leur lieu naturel” : Albert Ollivier, Jacques Merleau-Ponty, Alexandre Astruc, Roger Grenier, Pierre Kaufmann. Grand reporter, ce dernier fut envoyé dans de très nombreux pays – comme le montre un planisphère publicitaire reproduit dans l'Album Camus (Gallimard) – et, plus particulièrement, dans les États du Moyen-Orient dont l'évolution donna lieu à des publications séparées où la pertinence des analyses présentées passe la richesse des informations recueillies.
Les thèmes traités au fil de la rubrique philosophique dont il avait parallèlement la charge sont ceux-là mêmes qui reçurent leur plein développement dans ses travaux universitaires et les cours successivement donnés : à la Sorbonne, où il est nommé assistant en 1958 après avoir enseigné au lycée de Bourges, à l'université de Besançon, puis de Rennes, de Paris-X-Nanterre enfin, où il fut élu professeur en 1969. Ils portent la marque d'un constant intérêt pour la question du langage ; d'une prédilection pour des objets de pensée qui alors n'étaient pas à la mode : le mythe, la fête, […]
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