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REDOUTÉ PIERRE JOSEPH (1759-1840)

Peintre de fleurs, aquarelliste, graveur, lithographe Pierre Joseph Redouté est né dans une famille de peintres. Son père Charles Joseph Redouté (1715-1776), peintre lui-même, eut en outre pour fils Antoine Ferdinand (1756-1809), peintre décorateur de théâtre, et Henri Joseph (1766-1852), qui fit partie des artistes et savants que Bonaparte s'adjoignit pour l'expédition d'Égypte et finit peintre du Muséum d'histoire naturelle pour la zoologie. Redouté, Hollandais d'origine, marqué par les œuvres de Jan van Huysum (1682-1749), s'imposa comme le plus célèbre peintre de fleurs de son temps. Dans le Paris révolutionnaire, qui ne s'intéresse que de loin aux grandes compositions patriotiques des artistes davidiens, on aime les paysages, les natures mortes, les scènes dans le goût hollandais. Bon nombre d'artistes hollandais sont venus à Paris dans les dernières années de l'Ancien Régime. Le cours que fait au Muséum d'histoire naturelle, entre 1793 et 1822, Gérard van Spaendonck (1746-1822), compatriote de Redouté, forme toute une génération de « fleuristes », dont le célèbre Jean-François van Dael (1764-1840), arrivé à Paris en 1785, que Redouté éclipsa bientôt.

Lorsque Pierre Joseph Redouté s'installe à Paris en 1782 pour rejoindre son frère aîné, il se spécialise très vite dans ce genre secondaire et plaisant, héritier à la fois de la peinture de vanités du xviie siècle, du souci d'exactitude scientifique des botanistes des Lumières et d'une peinture galante qui remonte à la précieuse Guirlande de Julie que peignit en 1641 le graveur et miniaturiste Nicolas Robert (1610-1684) pour Gaston d'Orléans. Remarqué par le botaniste Charles Louis L'Héritier de Brutelle, il devient en 1786 dessinateur du cabinet de Marie-Antoinette, collabore avec son frère cadet à la Collection des vélins inventoriant les plantes et animaux du Muséum. Redouté fait graver ses premières compositions florales chez l'éditeur Demarteau, inventant un procédé de reproduction en couleurs avec une seule planche dont chaque tirage était repris au pinceau et rehaussé parfois — même s'il n'abuse pas de ces effets faciles — de gomme arabique qui donnait plus d'éclat aux pétales. Ses grands succès, après la Flora Atlantica (1798-1799) qui, accompagnée d'un texte du botaniste Desfontaines, le fait connaître, sont les deux séries des Liliacées (8 vol., 1802-1816) et des Roses<it>Rosier de Portland</it>, P. J. Redouté (3 vol., 1817-1824). Pour lui, il n'existe pas de rupture entre une érudition scientifique parfaite et l'exécution d'une composition qui se veut toujours une œuvre d'art. L'arrangement des fleurs peintes doit permettre leur complète étude et susciter, en même temps, l'admiration. David l'estime, Girodet le consulte pour Le Sommeil d'Endymion (1791, Louvre), Gros et Gérard comptent parmi ses amis : au milieu des grands noms de son temps, Redouté reste modeste et aussi bonhomme que Le Nôtre, le jardinier de Louis XIV.

<it>Rosier de Portland</it>, P. J. RedoutéPhotographie

Rosier de Portland, P. J. RedoutéPierre Joseph REDOUTÉ, Rosier de Portland, 1817-1824. Bibliothèque nationale de France, Paris. 

Crédits: The Bridgeman Art Library/ Getty Consulter

Sous la Restauration, son cours au Muséum assure définitivement sa renommée mondaine : Redouté cultive la légende du « peintre des reines ». Décoré de la Légion d'honneur en 1825 par Charles X, il a peint du même cœur des lys sous l'Empire et des roses sous les Bourbons — Rose était le second prénom de la première impératrice. S'il a compté parmi ses élèves la reine Hortense — à laquelle on associa l'hortensia —, fille de Joséphine, la reine de Wurtemberg, la duchesse de Berry, Louise d'Orléans, future reine des Belges, il contribue également à former de nombreuses femmes sans fortune qui exercent alors les honnêtes petits métiers de décoratrices d'éventails ou de porcelaines, s'emploient au coloriage d'estampes, de ces Parisiennes du début du xixe siècle qui « colorient des roses [...] de manière à gagner huit sous par jour » qu'évoque Balzac dans la Physiologie du mariage. Ses modèles, comme l'ont montré Élisabeth Hardouin-Fugier et Étienne Grafe (Les Peintres de fleurs en France de Redouté à Redon, 1992), proviennent autant des serres de Joséphine à la Malmaison que de la boutique de son amie Mme Prévost qui vend des bouquets au Palais-Royal.

Redouté s'entoura de nombreux collaborateurs, le plus doué d'entre eux, Pancrace Bessa (1771-1846), devenant vite le seul rival digne de le concurrencer. La production considérable de Redouté et de ses élèves — à côté des aquarelles sur vélin se diffusent nombre d'estampes, souvent retouchées de sa main, valant très cher, et des imitations à bon marché qui prouvent bien sa vogue —, ses techniques, popularisées par des manuels, éveillent des vocations chez les jeunes filles de province sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Le Redouté des dames, du peintre et marchand Chavant, met à la portée de toutes la science du grand maître du Muséum. Flaubert, malicieusement, place l'ouvrage dans la bibliothèque de Bouvard et Pécuchet. C'est qu'à cette date les fleurs de Redouté sont démodées et ridicules, même si les anciennes élèves du Muséum continuent d'aquareller sans relâche, à l'exemple d'Adèle Riché, qui, née en 1791, formée par Van Spaendonck, ne s'éteint qu'en 1887. À l'époque de Fantin-Latour et de Redon pouvait-on encore comprendre qu'il y avait, dans ces compositions du temps de l'Empire et de la Restauration, l'époque de Girodet et de Chateaubriand, une poésie qui frappe aujourd'hui l'amateur qui feuillette les albums de Redouté, une poésie présente dans tout bouquet ?

Adrien GOETZ

 

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Pour citer cet article

Adrien GOETZ, « REDOUTÉ PIERRE JOSEPH - (1759-1840)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-joseph-redoute/

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