Éditeur et collectionneur français. À l'enseigne des Colonnes d'Hercule (rue Saint-Jacques), P. J. Mariette a perpétué la tradition familiale de plusieurs générations d'éditeurs et de marchands-graveurs parisiens, avant d'être reconnu comme un exceptionnel amateur, dans un siècle qui consacre la passion de collectionner et l'érudition éclairée. Spécialiste de la gravure, il est appelé à Vienne (1717) pour y classer l'énorme collection d'estampes du prince Eugène, manifestant son don de l'ordre et de l'inventaire, un des fondements de sa démarche. Fréquentant le cercle de Crozat, il est lié avec de nombreux artistes et amateurs (dont il a connu certains en Italie) : la portraitiste Rosalba Carriera, l'architecte-théoricien Temanza, le dessinateur-érudit Cochin. Il publie des textes sur Léonard de Vinci, sur les pierres gravées (1732 et 1750), domaine difficile nécessitant un esprit d'analogie et des connaissances iconographiques, puis sur la statue équestre de Louis XV par Bouchardon, artiste qu'il admire. Accumulant renseignements et observations, cet « œil » est doué d'une vraie mémoire des manières des différents artistes. D'un ton juste et concis, bien que non dépourvu d'une certaine sensibilité, Mariette identifie les personnalités, se servant d'un sens aigu de l'analyse, s'appuyant sur sa science de l'image acquise au contact des estampes. Désigné par Crozat pour faire l'inventaire de ses dessins après sa mort, il établit en 1741 un catalogue exemplaire pour l'époque, exprimant combien le sérieux de la classification est une démarche essentielle au connaisseur — et plus encore au collectionneur — de dessins. Par ses nombreuses notes manuscrites écrites tout au long de sa vie, Mariette construit une véritable encyclopédie des artistes anciens et modernes, conçue dans un premier temps comme un supplément à l'Abecedario Pittorico d'Orlandi, et qui ne fut publiée qu'au xixe siècle (1851-1860) par P. de Chennevières et A. de Montaiglon, deux historiens de l'art français. Outre sa profonde con […]
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