Dans Objectif, l'autobiographie qu'il publie en 1994, le photographe Pierre Jahan raconte comment, tout en s'imprégnant des courants artistiques de son temps, il sut au cours de sa carrière préserver l'originalité de ses inspirations. Les bonnes influences se manifestent dès son enfance à Amboise (Indre-et-Loire), où il est né le 9 septembre 1909. Ses parents encouragent son goût pour le dessin et il commence à photographier dès l'âge de six ans. Ce loisir, qui le conduit à participer à des expositions d'amateurs, l'emporte sur une timide vocation littéraire. Un an après sa rencontre, en 1932, avec Emmanuel Sougez – le fondateur du service photo de L'Illustration, déjà reconnu comme un des maîtres de la nature morte –, Jahan s'installe à Paris et entre à l'atelier typographique et publicitaire Raymond Gid. En 1934, année de son mariage, il entreprend avec la revue Plaisir de France une collaboration qui durera quarante ans.
Intéressé par la production des photographes étrangers que la situation politique en Allemagne contraint à se réfugier à Paris, attentif à la Nouvelle Vision qui s'affranchit radicalement de la peinture, Jahan s'essaie à tous les genres et participe, en 1936, à la création du groupe Rectangle par Sougez. Son premier grand reportage, sur l'Exposition universelle de 1937, paraît dans L'Illustration. Ses natures mortes, où l'influence de Sougez se mêle à celle des collages surréalistes, sont remarquées par le directeur de la publicité du grand magasin des Trois Quartiers, qui lui confie la réalisation de son catalogue.
La guerre n'interrompt pas son activité : Jahan reste l'illustrateur de Plaisir de France (momentanément rebaptisé Images de France). Dans le même temps, il réalise clandestinement des reportages sur l'Occupation, et notamment sur l'enlèvement et le stockage des sculptures métalliques de Paris, que les Allemands destinent à la refonte. Les images de statues mutilées, victimes en contrejour, inspireront un texte à Jean Cocteau, dont Jahan fera le portra […]
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