Bien éclipsée pendant un siècle par tant d'autres criminels aussi effrayants et plus récents, la figure de Lacenaire est sortie de l'ombre grâce aux Enfants du paradis de Prévert et Carné. Fils d'honorables commerçants établis près de Lyon, élève au lycée de cette ville puis au petit séminaire d'Alès dont il est chassé, Lacenaire entame sa licence en droit à Chambéry. Ses indélicatesses et ses débauches le contraignent à chercher refuge à Paris en 1825. Il sait s'y faire accueillir par les journaux de l'opposition. Mais un duel malheureux, en 1829, avec un neveu de Benjamin Constant, qu'il tue, le prive de ressources ; il vole et revend alors un cabriolet, ce qui lui vaut un an de prison purgé à Poissy. Il fait là, dira-t-il, son « université criminelle » et, dès sa sortie, fonde une association de malfaiteurs. Il encourt bientôt une nouvelle condamnation en 1832 et c'est en prison qu'il écrit une ballade qui le rend célèbre, Pétition d'un voleur à un roi, son voisin. Cela lui vaut d'entrer au journal Le Bon Sens (dirigé par Altaroche, un détenu politique) où il publie un article remarqué sur le régime pénitentiaire, Les Prisons et le régime pénite […]
