Légiste français, Pierre Dubois fit ses études à Paris, où il fut sans doute l'élève de Thomas d'Aquin. Avocat des causes royales pour les affaires ecclésiastiques dans le bailliage de Coutances, il fut, à ce titre, l'un des innombrables hommes de loi chargés de rechercher, de défendre et d'exalter à travers tout le royaume les droits du roi : il soutint Philippe le Bel contre Boniface VIII. Malgré une notoriété due à des écrits dont l'influence demeura fort réduite, Pierre Dubois apparaît comme le type même du serviteur obscur et efficace de la monarchie. Comme nombre de légistes du roi, et des plus illustres, il avait en même temps une clientèle privée : c'est ainsi que la comtesse Mahaut d'Artois en fit son conseiller et, après la mort de Philippe le Bel, son bailli. On connaît une dizaine de mémoires et traités composés par Dubois. Plusieurs sont des œuvres de circonstance : contre Boniface VIII ou contre les Templiers, par exemple. D'autres sont marginales, comme une défense des tournois, que réprouvaient alors le pape et le roi. Les œuvres essentielles, où Dubois cherche à imposer sa vision de la société politique, sont le De abreviatione guerrarum (vers 1300), le De recuperatione Terre Sancte (vers 1305-1307) et le mémoire composé pour inciter Philippe le Bel à se porter candidat à l'Empire (1308). Toute l'œuvre de Pierre Dubois tend à l'établissement d'une hégémonie capétienne sur le monde chrétien, grâce au rétablissement de la paix en Occident, à l'union des énergies pour le succès de la croisade et à la restauration du prestige impérial. De manière souvent artificielle, il fond la politique aristotélicienne, la conception romaniste de l'État et le système patrimonial qui organise l'expansion capétienne.
Jean FAVIER
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