Pier Luigi Nervi est considéré comme l'un des principaux représentants, l'un des « maîtres » de l'architecture contemporaine, non seulement en Italie mais plus encore sur le plan international. Dans Geschichte der modernen Architektur (1958), le critique allemand Jürgen Joedicke écrit que « les intentions de l'architecture moderne se trouvent intégralement réalisées » dans les constructions de Nervi ; l'Américain G. E. Kidder Smith (The New Architecture in Europe, 1961) définit ses œuvres comme étant « parmi les plus grandioses du xxe siècle » et il ajoute que Nervi est « un géant dans un pays où les géants ne manquent pas ». On pourrait citer d'autres jugements, mais ceux-ci suffisent à donner une idée du succès remporté par l'œuvre de Nervi. En vérité, ses réalisations appartiennent à un domaine qui, presque toujours, reste essentiellement en dehors de l'architecture. Dans ses œuvres, Nervi s'attache en effet assez rarement à ce qui constitue pour l'architecture le problème fondamental, à savoir : la synthèse, exprimée organiquement dans un langage spécifique, des relations dialectiques qui existent entre l'espace et les fonctions, d'une part, entre l'architecture elle-même et les structures sociales, d'autre part.
Sans nul doute phénomène historiquement important de la seconde moitié du xxe siècle, l'œuvre de Nervi pose un double problème : il faut d'abord déterminer les raisons de son succès universel et préciser ensuite les caractéristiques qui la distinguent.
En ce qui concerne le premier point, il faut noter que Nervi réalise en images extrêmement modernes sur le plan technologique – et parfois même projetées dans le futur – des partis traditionnels fondés sur la perspective centrale, sur la symétrie, sur la répétition de modules : procédé rassurant car il permet de rétablir une continuité avec le passé et de minimiser le traumatisme provoqué par la rupture violente que l'architecture contemporaine opère avec la tradition. Quant aux caractéristiques spécifiques de l'œuvre, elles peuvent se rés […]
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