5. L'apogée de la musique liturgique vénitienne
Au cours de sa longue carrière à la Capella di San Marco, Cavalli dut composer une abondante production liturgique, dont il ne reste que peu de traces. Outre quelques éditions et manuscrits épars, deux principaux recueils imprimés nous sont parvenus : les Musiche sacre concernenti messa, e salmi concertati con istromenti, imni, antifone et sonate (Venise, 1656) et les Vesperi a 8 voci... (Venise, 1675).
À l'instar de celle de Monteverdi, la musique sacrée de Cavalli manifeste une grande diversité de formes et de styles d'écriture. Ainsi, ses recueils mêlent des motets de solistes avec basse continue, des psaumes pour larges effectifs polychoraux et concertants, faisant dialoguer divers chœurs vocaux et instrumentaux.
À travers sa production religieuse, Cavalli rejoint son maître Monteverdi : il sut allier la perfection contrapuntique de la prima prattica (ou stile antico), les hardiesses et l'expressivité de la seconda prattica (ou stile moderno). Il fondit ces deux références stylistiques en leur imprimant sa touche personnelle : une grâce mélodique et une suavité harmonique qui confèrent à sa musique un charme particulier, aujourd'hui encore inaltéré. Henry Prunières le remarquait déjà en 1931 : « Aucun musicien de son temps ne possède au même degré que Cavalli le sens décoratif de la musique. Si l'on peut comparer Monteverdi à Titien, on peut voir en son élève une sorte de Véronèse. »
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