On ne saurait séparer les Pièces de guerre (The War Plays, 1985) d'Edward Bond (né en 1934), du contexte contemporain de leur écriture : la guerre froide du début des années 1980, et la menace nucléaire qui occupait alors les esprits. À tel point que Bond lui-même a pu justifier le choix de son sujet en proclamant que la destruction nucléaire était alors le seul sujet possible pour l'art.
Chez Bond, le propos politique, prenant comme détour la fiction apocalyptique pour mieux pointer les failles du monde actuel, s'accompagne d'une exploration des formes théâtrales du passé, assortie de perpétuelles innovations esthétiques. Les Pièces de guerre jouent d'une tension entre un régime dramatique, fondé sur le dialogue et la relation interpersonnelle, et des techniques épiques telles que l'adresse frontale au public ou le récit choral. Mais elles proposent également un agencement variable des parties qui la composent. De même qu'elle entreprend de relire le devenir de l'humanité à travers le prisme de sa destruction, l'œuvre offre une traversée des formes dramaturgiques, de la tragédie antique au théâtre épique. Bien plus pourtant qu'un catalogue formel, la démarche de Bond se veut une expérimentation théâtrale du politique.
1. Un théâtre de cataclysme
La première des trois pièces, Rouge noir et ignorant (Red Black and Ignorant), est placée sous le signe du théâtre d'agit-prop, théâtre d'agitation et de propagande, apparu en U.R.S.S. et en Allemagne après 1917. Faisant office de prologue, elle se compose d'une série de tableaux qui sont autant d'épisodes de l'existence virtuelle et tronquée d'un Monstre brûlé par le feu des bombes : « Mon sang pue : flaques sur sols d'usine : acide/ Mes bandages sont brûlés par l'acide/ Les mots arrachent mes dents : les souches de vieux arbres/ Elles s'entrechoquent dans ma bouche : jeu de dés/ Je les crache et compte : la fin du monde ! »
La Furie des nantis (The Tin Can People) se déroule dans un désert postnucléaire, au sein d'une communauté de survivants persuadés […]
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