2. Les écrivains et la physiognomonie
Beaucoup d'écrivains ont été des admirateurs et des partisans déclarés de Lavater. En Allemagne, il faut citer Goethe, qui fut un grand ami et collabora de près aux Fragments avant de se brouiller avec lui, mais aussi Jean-Paul Richter, Novalis, Schopenhauer... En France, Madame de Staël, Senancour, Chateaubriand, George Sand, Stendhal, Balzac, Baudelaire figurent parmi les lavatériens convaincus, ainsi qu'une foule d'écrivains mineurs comme Eugène Sue. Quand on sait que Balzac a mentionné Lavater (et Gall) plus de cent fois dans la Comédie humaine et que Baudelaire appelait le pasteur zurichois : « cet homme angélique », on mesure son importance pour l'histoire littéraire du xixe siècle. Le romantisme était en accord avec Lavater sur des points essentiels : l'intérêt pour les particularités individuelles, la valeur accordée aux liens instinctifs, aux sympathies, aux affinités qui se créent entre les êtres, le sentiment d'une profonde unité de l'univers, dont « les formes infinies », selon les mots de Balzac, ne sont que « les combinaisons d'un même mouvement, vaste respiration d'un être immense », l'écoute des lois mystérieuses de la nature, dont il est impossible de rendre raison, la foi dans l'interpénétration du monde de la matière et de celui de l'esprit, la recherche des signes divins dans la création, la fascination du fatum. Lavater n'a pas été la seule source, bien entendu. Mais lorsque Bau delaire, à propos de Victor Hugo, poète de « l'universelle analogie », évoque ceux qui les premiers ont enseigné à son siècle que « tout est hiéroglyphique », il cite seulement Swedenborg et Lavater, qui « nous avait traduit le sens spirituel du contour, de la forme, de la dimension ».
Le roman était le genre littéraire le plus susceptible d'établir des correspondances systématiques entre la psychologie, la conduite, la destinée de ses personnages et leur signalement extérieur. À partir des années 1790, le véritable « climat physiognomonique lavatérien » (G. Tytler, 19 […]
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