1. La « secte physiocratique »
• Les hommes
L'abbé Galiani, un de leurs adversaires les plus sarcastiques, a qualifié les physiocrates de « secte d'illuminés ». Il y a en effet peu d'exemples de fidélité à un maître vénéré et à son message qui se puissent comparer à celui des physiocrates, rassemblés autour de François Quesnay par des liens doctrinaux et personnels à la fois. On peut citer, parmi les plus notables d'entre eux : le marquis de Mirabeau (1715-1789), auteur d'ouvrages à succès tels que La Philosophie rurale, un des livres sacrés de la secte, ou La Théorie de l'impôt ; Pierre Dupont de Nemours, brillant publiciste et propagandiste zélé qui, le premier, employa le terme de physiocratie dans son traité de 1768 ; l'abbé Nicolas Baudeau, transfuge de l'éclectisme libéral et fondateur des Éphémérides du citoyen, périodique du groupe ; ou encore Mercier de la Rivière, qui donna le schéma normatif d'un despotisme légal dans son Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1769) ; l'abbé Roubaud, qui dirigea le Journal de l'agriculture, du commerce et des finances, organe bi-hebdomadaire de la « secte » ; le Trosne, le juriste de l'école, qui publia en 1765 son ouvrage sur La Liberté du commerce des grains ; et bon nombre de comparses qui ne furent pas les moins ardents, tels Butré, honnête expert sans grand talent, ou le margrave Charles-Frédéric de Bade-Durlach, qui fournira à ses amis un champ d'expérimentation de leurs principes : son propre margraviat. Mais tous, y compris les « correspondants étrangers », tels que le Suisse Jacob Mauvillon, reconnaissent l'autorité du maître et révèrent comme un message fondamental son Tableau économique, paru en 1758 et qui aurait été, dit-on, imprimé de la main même du roi Louis XV.
Quesnay, protégé par Mme de Pompadour et que le roi nommait « mon penseur », réunissait ses amis, à Versailles.
Il tenta pour la première fois de présenter un système complet d'explication de la vie économique ; ce système, fondé à l'évidence sur des a priori, aboutissait à des recommandations de politique économique positive et s'incorporait à une vision globale du monde et de l'homme. Débouchant sur un « programme », il impliquait une prise de position politique et comptait sur un despotisme éclairé jouant dans le cadre de la monarchie traditionnelle régénérée.
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