1. La disparité des métazoaires : plans d'organisation et embranchements
Non seulement les métazoaires renferment un nombre d'espèces considérable (environ 1 200 000 espèces décrites, dont 1 000 000 sont des arthropodes), mais surtout la diversité de leur organisation anatomique – c'est-à-dire leur « disparité » pour reprendre le terme du paléontologue et évolutionniste Stephen Jay Gould (1941-2002) – est impressionnante. Dans les ouvrages de zoologie modernes, cette disparité est reflétée par le nombre d'embranchements animaux reconnus, qui va de 30 à 40.
L'embranchement (phylum en anglais) est en effet l'unité fondamentale de la classification animale, au sens où chaque embranchement est censé être anatomiquement caractérisé par un plan d'organisation particulier. Notion particulièrement centrale dans la zoologie classique, le plan d'organisation représente l'architecture fonctionnelle caractéristique de l'embranchement. Historiquement, cette façon de définir les embranchements par leur plan d'organisation (ou plan de structure) est due au paléontologue Georges Cuvier (1769-1832). Celui-ci, sur ce principe, a opéré un redécoupage complet de la classification des animaux héritée des auteurs antérieurs (principalement Carl von Linné, puis Jean-Baptiste de Monnet de Lamarck) en reconnaissant quatre types fondamentaux et, donc, quatre embranchements : les Vertébrés, les Articulés (correspondant, grossièrement aujourd'hui aux arthropodes et annélides), les Rayonnés (aujourd'hui principalement cnidaires et échinodermes) et les Mollusques (tout le reste, soit un groupe beaucoup plus vaste et hétérogène que les mollusques au sens moderne). Si, depuis Cuvier, le nombre d'embranchements reconnus par les zoologistes a augmenté, le cadre de pensée est resté le même et l'on constate, jusque dans les traités les plus récents, la permanence de l'idée d'une relation bijective entre embranchements et plans d'organisation. Aujourd'hui, cette idée est remise en question ; d'une part, parce q […]
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