4. Phonologie et sociolinguistique
Les phonologies structurales reposent sur un postulat, plus ou moins explicité, selon lequel les différents sujets d'une communauté ne peuvent espérer se comprendre qu'en possédant le même système linguistique et, notamment, le même système phonologique. Ce dernier est donc conçu comme un ensemble organisé d'invariants. De leur côté, les générativistes ont formulé des règles devant correspondre à la pratique linguistique d'un locuteur-auditeur idéal. Ce faisant, les uns et les autres ont travaillé sinon sur des objets mythiques, tout au moins sur des simplifications particulièrement sévères des réalités du fonctionnement linguistique.
Les sociolinguistes américains, à l'origine d'une telle critique, constatent qu'une langue implique hétérogénéité et variation. Si les sujets d'une même communauté parviennent à se comprendre, alors que leur langue évolue sans cesse, s'ils peuvent revendiquer l'utilisation de la même langue, alors qu'ils n'en possèdent ni les mêmes usages, ni les mêmes habitudes, ni les mêmes représentations, c'est que la structuration de cette langue ne saurait être aussi rigoureuse et homogène que le pensaient les linguistes.
Certes, des phonologues comme Martinet ou Jakobson avaient signalé, incidemment, la variabilité et la non-homogénéité des systèmes phonologiques, mais ces remarques étaient restées marginales face aux pressions de l'idéologie structurale. Partant du postulat selon lequel la langue est un phénomène social, les diverses phonologies avaient fini par constituer des structures, ou des séquences de règles, homogènes, dont le fonctionnement et le dynamisme ne pouvaient provenir que des dispositions internes à la langue, reproduisant en cela l'idéologie « animiste » de la linguistique historique du xixe siècle.
La sociolinguistique a donc porté son attention sur la variation des faits linguistiques. Cette variation n'est pas un phénomène externe, occasionnel, marginal ou extrastructurel, mais la traduction di […]
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